top of page

Entre recherche, scène et transmission : l’actualité de Soni Siecinski

  • 28 mai
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 juin

Au fil des années, Soni Siecinski a appris à transformer les contraintes en terrain de recherche. Aujourd’hui étudiant en Master au CNSMDP dans la classe de Raphaël Pidoux, le jeune violoncelliste né avec une malformation à la main gauche mène de front une intense activité musicale tout en poursuivant un projet aussi personnel qu’ambitieux : la conception d’une nouvelle prothèse destinée à révolutionner son jeu mais aussi à lui apporter davantage de confort et de liberté de mouvement.


Soni joue sur un violoncelle inversé spécialement fabriqué pour lui en 2019, lors du festival de La Grange de Meslay, dans le cadre d'une initiative de Talents & Violon'celles. La construction de l'instrument a été menée sous l'impulsion de Jean-Louis Prochasson, qui avait alors réuni quatre autres luthiers autour du projet : Savine Delaporte, Joël Klépal, Antoine Lescombe et Virginie Pezet-Berton.


Quand l’ingénierie accompagne le geste musical

Soni Siecinski - © Gilles Arbwick
Soni Siecinski - © Gilles Arbwick

Depuis plusieurs mois, Soni travaille avec une équipe d’ingénieurs du Centre d’Études et de Recherche sur l’Appareillage des Handicapés (CERAH), organisme partenaire de l’Hôpital des Invalides spécialisé dans les aides techniques et les dispositifs adaptés. Après une première phase de recherche menée avec l’association e-Nable, connue pour ses prothèses en impression 3D, le projet a pris une nouvelle dimension grâce à l’expertise de deux ingénieurs, Quentin et Denis.


« Ils ont trouvé des solutions auxquelles on n’avait pas pensé en plus d’un an et demi de recherches », explique le musicien. Ensemble, ils développent un prototype plus léger, plus fluide et surtout adaptable à différents archets — une avancée essentielle pour permettre au violoncelliste de retrouver davantage de liberté dans son jeu.


Car l’enjeu dépasse largement le simple confort technique. La recherche porte sur la précision du geste, la gestion du poids de l’archet, l’ouverture du bras, la mobilité du poignet et la finesse des nuances sonores. « Je sens déjà une différence énorme », confie Soni. « Le son est plus aéré, plus libre, avec davantage de résonance. »


La prothèse, encore en phase expérimentale, demande cependant de nombreux ajustements afin d’aboutir à une version définitive. Chaque modification implique une phase de réapprentissage musculaire et technique. Trouver le bon angle, la bonne position, le bon point d’appui demande du temps — et beaucoup de remises en question. « On ne saura jamais s’il existe une position parfaite. À un moment, il faut choisir la meilleure possible et construire dessus. »


Conscient des risques physiques liés à cette évolution, le musicien a également commencé un important travail de renforcement musculaire afin d’éviter blessures et tendinites. « Je découvre des muscles que je n’avais jamais vraiment utilisés », raconte-t-il avec lucidité.



Des projets artistiques multiples

Au MIDEM de Cannes, Soni Siecinski sur la scène du Grand Auditorium du Palais des Festivals. - © Emilie Bardalou
Au MIDEM de Cannes, Soni Siecinski sur la scène du Grand Auditorium du Palais des Festivals. - © Emilie Bardalou

Parallèlement à cette recherche technologique, Soni poursuit un parcours particulièrement riche au CNSMDP. En plus de son Master, il suit plusieurs cursus complémentaires : musique de chambre, licence de quatuor avec son Quatuor Arev, formation pédagogique dans le cadre du Diplôme d’État, ainsi qu’une activité orchestrale avec l’Orchestre Appassionato.


Ces derniers mois ont également été marqués par différents projets artistiques importants. Invité au MIDEM à Cannes en février 2026, il s'est produit dans le grand auditorium du Palais des Festivals dans le cadre de la programmation autour du handicap et de la diversité artistique. Plus récemment, il participait à la 7e émission de La Balise, « Les corps valides sont éphémères », enregistrée à la Philharmonie de Paris, aux côtés d’artistes et intervenants engagés dans les questions d’inclusion.



Une voix pour sensibiliser et inspirer

Au-delà de la scène, Soni souhaite désormais développer une autre facette de son parcours : la prise de parole publique. Conférences, interventions, formats TEDx… le musicien réfléchit à la manière de partager son expérience et son regard sur le handicap, la création et l’adaptation du geste musical. « La musique m’apporte cette visibilité, et cette visibilité peut aussi servir la musique », résume-t-il.


Soni Siecinski se produisant au MIDEM à Cannes. - © Emilie Bardalou
Soni Siecinski se produisant au MIDEM à Cannes. - © Emilie Bardalou

Entre innovation technique, exigence artistique et volonté de transmission, le parcours de Soni illustre une manière profondément contemporaine de penser le métier de musicien : inventive, ouverte et résolument tournée vers l’avenir.


Commentaires


bottom of page